marți, 7 iulie 2009

ANOUILH

ANOUILH


Jean Anouilh este né en 1910, dans une famille de modeste petite-bourgeoisie. Il travaille comme secrétaire de Louis Jouvet et entre de bonne heure en contact avec le monde du théâtre (il allait connaître également Georges Pitoëff).

En 1932 a lieu la première représentation à Vne de ses pièces, L'Hermine. Son succès le décide à se cossacrer au théâtre et à vivre de ce métier. Il réussit à tenir sa gageure : tout le long de sa carrière ses pièces ont occupé une place de choix sur les scènes françaises et étrangères.

Il est-mort en 1967.

PRINCIPALES OEUVRES : Le Voyageur sans bagage, 1937 ; La Sauvage, 1938 ; Le Rendez-vous de Senlis, 1941 ; Antigone 1943 ; Ardèle ou la marguerite, 1948 ; Colombe, 1951 ; L'Alouette, 1953 ; Pauvre Bitos ou le dîner de têtes, 1956 ; Becket ou l'honneur de Dieu, 1958 ; L'Hurluberlu, 19S9 ; Le Boulanger, la boulangère. et le petit mitron, 1968 ; Cher Antoine ou l'Amour raté, 1969 ; Monsieur Barnett, 1975.


Le premier contact avec le théâtre de JL Giraudoux (lorsqu'il assista à la représentation de Siegfried, ayant comme protagoniste L. Jouvet) fut révélateur pour la vocation du jeune Anouilh.

Au fait, une profonde affinité de conception et de sensi­bilité liait les deux écrivains : Anouilh allait continuer la quête de la pureté entreprise par Giraudoux. Plus pessimiste, plus radical dans ses exigences, plus allergique à tout com­promis avec la médiocrité, Anouilh situera souvent cette quête au niveau d'une âpre critique de la société de son temps.

Il avait lui-même qualifié ses pièces comme roses, noires, brillantes ou grinçantes selon le registre dans lequel s'inscri­vait sa protestation contre les diverses formes d'avilissement portant atteinte à la dignité et à la pureté humaines.

Pièce „rose« par son dénouement, Le Voyageur sans bagage exprime le drame d'un amnésique qui, après dix-sept ans d'oubli (durée qui équivaut à l'âge de l'adolescence et pendant laquelle il fait l'apprentissage de la pureté) redé­couvre la famille bourgeoise qui avait été la sienne, son univers mesquin et avilissant, et se découvre lui-même, tel qu'il avait été, médiocre et corrompu. Desespéré, il refuse de se réintégrer dans cet univers et, par chance, réussit à se forger une nouvelle identité.

Une autre hypostase de l'adolescence qui, au nom de la pureté, se refuse à l'intégration dans la vie sociale est envisagée dans La Sauvage et surtout, d'une façon radicale, dans la version donnée par Anouilh au destin tragique d'An-tigone.

Dans cette version, Antigone refuse la planche de salut offerte par Créon parce qu'elle préfère mourir à l'âge de la pureté plutôt que de vivre dans la médiocrité et accepter les compromis auxquels l'existence sociale allait fatalment la contraindre.

La no.re solitude de sa mort, malgré la présence du garde qui l'accompagne, explique et justifie mieux cette décision : assoiffée de tendresse et de compréhension, elle essaye de découvrir chez le garde un peu de chaleur humaine. Mais, avec une cruauté involontaire, insensible au fait que la jeune fille allait mourir, il l'entretient sur ses préoccupations mes­quines, liées à son métier, à sa possible promotion. La tona­lité de désespoir de cette fin tragique trahit le pessimisme dominant d'Anouilh.

Cependant, malgré son destin tragique,la figure héroïque de ^Jeanne d'Arc, évoquée dans L'Alouette, constitue, au contraire, une source tonifiante d'espoir.

Les victoires de l'héroïne, soutenue par l'enthousiasme des troupes, représentent autant de victoires de la pureté face à la bassesse des intrigues politiques et à la mesquinerie des intérêts qui décident des événements historiques.

Une autre victoire, moins éclatante, mais toujours tonifi­ante, est celle du primat de l'Angleterre, Thomas Becket,

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face au roi Henri II (Becket). Lié d'une étroite amitié avec le roi, son compagnon d'aventures pendant leur folle jeunesse, Becket possédait un capital de grandeur morale, de généro­sité et de pureté dont il ne savait pas trop quoi faire. Le roi eut l'idée malheureuse de le nommer primat de l'Angleterre. Prenant au sérieux cette charge religieuse, Becket utilise tout son potentiel de force morale et d'éner­gie pour lutter contre les abus du roi au nom de la piété que lui ordonnait sa nouvelle fonction. Il mène cette lutte sans fléchir jusqu'au sacrifice surpême et, tout en donnant la mesure de sa beauté morale, réussit à défendre d'une façon, en fin de compte, victorieuse, l'aspiration humaine à l'intérgité et à la dignité.

Malgré la générosité de son message, la dramaturgie d'Anouilh présente un cas assez surprenant de survivance. presque anachronique, d'une conception traditionnelle sui le théâtre pendant une longue période d'épanouissement victorieux des formes nouvelles : si jusqu'à la moitié du siècle la dramaturgie d'Anouilh, représentative pour le théâ­tre poétique qui avait dominé la scène de rentre-deux-guerres» y avait occupé, d'une façon bien explicable, une place de choix, le fait qu'il a continué à écrire et à faire jouer son théâtre poétique pendant plus d'un quart de siècle après les années '50 (qui avaient cependant assisté à l'affirma-? tion spectaculaire et au succès retentissant d'une drama­turgie nouvelle et avaient marqué une baisse très considé­rable de l'intérêt face à la dramaturgie de Cocteau et de Giraudoux) peut sembler asez surprenant.

Dénigré par certains partisans du Nouveau Théâtre comme étant un simple fabricateur de pièces de boulevard, porté aux nues par les défenseurs nostalgiques d'un passé révolu, Anouilh reste probablement, grâce à sa probité et à sa modestiev le meilleur juge de son oeuvre.

Il a salué avec enthousiasme la dramaturgie de Beckett

et de Ionesco et a reconnu ouvertement leur supériorité ; il a contribué à la promotion d'autres ^nouveaux dramaturges" ; il a aidé à sortir de l'oubli la pièce surréaliste Victor de son ami R. Vitrac (laquelle, quoique écrite plus d'un quart de siècle auparavant, correspondait mieux au nouvel horizon d'attente que les siennes).

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Ceci ne Ta cependant pas empêché de soumettre, dans U Hurluberlu, à une critique implacable (mais non rancunière) les avatars de la nouvelle dramaturgie. Cette contradiction n'est qu'apparente : tout en constatant l'impasse vers laquelle se dirigeait la quête du Nouveau Théâtre, il était cependant conscient du fait que le grand chemin de la dramaturgie avait dû passer par là et que son propre théâtre s'en situait un peu à l'écart.

Le fait que ceux qui défendaient son théâtre étaient souvent des spectateurs burgeois du théâtre de boulevard ne l'a pas empêché de s'attaquer aux moeurs de la bourgeoisie avec une virulence de plus en plus mordante, féroce même.

Si d'autre part, ses idées politiques sont traditionalistes, ces apparentes contradictions disparaissent lorsqu'on prend en considération le caractère unitaire de son oeuvre.

Son refuge dans la tradition s'explique par son opinion que la société de consommation instaurée après la Deuxième Guerre mondiale aliène et déshumanise, c'est-à-dire avilit l'intégrité et la pureté qu'il s'était proposé de défendre.

Si son théâtre a bien résisté à la concurrence de la dra­maturgie nouvelle ce fut, en une certaine mesure, grâce à sa profonde connaissance du métier et à son ouverture face aux solutions scéniques nouvelles.

Il utilise avec maîtrise, dans L'Alouette, la technique brechtienne de la ^distanciation" ; il réussit à réaliser des moments de „participation", selon les exigences d'un théâ­tre-événement (perspective Artaud) ; il réalise, dans La Valse des torréadors et dans Le Boulanger, la boulangère et le petit mitron, un déclenchement de haine absurde et dérisoire qui rappelle certaines farces tragiques de facture surréaliste ou certaines pièces de Ionesco.

D'autre part, le caractère généreux du message d'Anouilh (lié au thème éternel de la pureté et actualisé par la critique des réalités contemporaines) peut justifier, lui-aussi, la sur­vivance de son théâtre.

Mais c'est surtout grâce aux accents de sincérité et à la chaleur humaine qui se dégagent de sa façon de traiter cette thématique (laquelle, somme toute, aurait exigé une mise enéquation différente pour mieux répondre aux interrogations actuelles sur l'homme, et sur la pérennité de ses valeurs), que le nom de l'auteur de L'Alouette restera lié à un moment de qualité de l'histoire du théâtre français contemporain.


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